Un après-midi de plongée HandiSub avec des patients du Centre Médical et Pédagogique Rennes-Beaulieu, dans le cadre du projet unique en France « DES BULLES A BEAULIEU » (DBAB)

Un après-midi d’avril, à la piscine des Gayeulles de Rennes, 3ème séance de plongée sous-marine, à une profondeur de 10 mètres cette fois-ci, pour Sidney, Orphée, Noah, Mathieu et Julien.

Dans leau 1Ces 5 patients en rééducation au Centre Médical et Pédagogique de Rennes-Beaulieu attendaient avec impatience ce nouvel après-midi de plongée. Après un briefing en salle les informant du déroulement de la séance, chaque palanquée ̶ groupe de plongeurs composé d’1 stagiaire, de 2 moniteurs, et de 2 kinésithérapeutes ̶ se prépare pour se mettre à l’eau. Une vingtaine de personnes s’affairent dans le calme. La séance est désormais bien rodée, chacun sait ce qu’il a à faire.

Le plaisir est toujours le même, et le sourire sur les visages à la sortie de l’eau vaut tous les mots.
Dans l’eau les mouvements sont facilités, les stagiaires-plongeurs renouent avec les sensations de liberté altérées ou perdues du fait du handicap, et goûtent au plaisir du corps en apesanteur. Pour Orphée, « On a l’impression que le handicap n’est plus là … Je n’ai pas besoin de marcher ». Pour Sidney, dans l’eau, la douleur n’existe plus, et pour Noah, qui pratiquait la plongée avant son accident, « C’est toujours un kiff d’enfer ! ».

Préparation 2En plus du bien-être et de la sensation de liberté, pratiquer un sport, la plongée sous-marine de surcroît, favorise l’estime de soi : les apprentis-plongeurs s’immergent dans l’univers d’un sport qui leur semblait, pour certains, inaccessible. « Je fais quelque chose que je ne pensais pas réussir avant » confie Orphée. Cette confiance « donne l’envie de se battre » et est réinvestie dans leur rééducation. C’est un cercle vertueux.

De plus, au-delà des bienfaits sur la rééducation fonctionnelle et l’acquisition de plus d’autonomie, des bénéfices au départ insoupçonnés ont émergé : l’amélioration des capacités cognitives, sensorielles et psychiques, l’ouverture aux autres, la réinsertion sociale... C’est la fierté d’Haidar Dittoo, qui a la quadruple casquette d’ostéopathe, kinésithérapeute, moniteur de plongée, formateur HandiSub, et qui est à l’initiative du projet qui a pris le nom de « DBAB », « Des Bulles A Beaulieu ». Un projet sportif et thérapeutique ambitieux pour lequel il a fallu batailler.

L’aventure démarre en 2015 : une initiation à la plongée sous-marine est proposée à des patients du CM&P Rennes-Beaulieu en situation de handicap et suivis en Médecine Physique et de Réadaptation (MPR). Le succès est tel, pour les patients comme pour les soignants, qu’Haidar et l’équipe pluridisciplinaire du CM&P décident de relever un véritable défi en 2017 : offrir à des patients une formation complète à la plongée sous-marine avec l’acquisition de compétences conformes aux exigences de la FFESSM (Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins). Une formation unique en France dans un établissement de santé, qui leur permettra d’atteindre le premier niveau de plongeur, pour ensuite continuer à pratiquer la plongée dans des clubs pouvant les accueillir.

Défi relevé, puisque la 4ème saison a démarré fin 2020 et se poursuit actuellement pour 5 patients.
Mais avant de « sauter dans le grand bain », la formation démarre avec 5 séances dans l’enceinte de la balnéothérapie du CM&P, milieu protégé et adapté : il faut se familiariser avec le matériel de plongée, apprendre les fondamentaux de la sécurité et du langage sous-marin, évaluer les besoins spécifiques de chacun, trouver des solutions, et lever les appréhensions.
Puis ont lieu 4 séances d’application pratique dans la fosse de la piscine des Gayeulles de Rennes, pour atteindre le Graal, une plongée en mer, au large de Saint-Malo, à la découverte de l’incomparable spectacle des fonds marins. « Ca fait rêver » Orphée. Cette plongée permet de valider le premier niveau de plongeur.

Ce projet un peu fou a pu voir le jour grâce à des équipes de professionnels et de bénévoles dévoués et passionnés :
Au CM&P Rennes-Beaulieu d’abord : l’activité plongée s’inscrit dans le projet global de soins des patients. En tant qu’outil de rééducation, elle mobilise médecins, masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophoniste, infirmière, enseignant en Activités Physiques et Sportives, agent de balnéothérapie, brancardier…, le but étant d’inclure de plus en plus de praticiens différents. En tous cas tous sont volontaires et certains se sont même jetés à l’eau : 2 ergothérapeutes sont en formation pour obtenir le niveau 1 de plongeur. Quant à Fanny, kiné, qui n’est pas à l’aise en mer, elle a relevé le défi d’un patient à qui elle proposait la formation : « je le fais si tu le fais ». Aujourd’hui elle plonge et constitue avec Thibaut et Virginie, l’équipe « Organisation Patients » avec toute la logistique que cela implique.
Quant à Christèle Guibout, infirmière, elle a pris le relai d’Haidar, et en tant que soignante, plongeuse, monitrice et formatrice HandiSub, elle gère le calendrier et fait le lien entre tous les acteurs.

Dans leau 3Tous parlent d’« enrichissement », de la qualité « ultra agréable » de la relation soignant/soigné, de la complicité qui s’installe puisque certains soignants sont également en apprentissage et partagent donc les mêmes peurs, et « quand ton kiné boit la tasse, ça désacralise ! ». La plongée favorise un climat d’égalité et d’interconnexion entre les plongeurs. Christèle est ravie qu’après quelques séances, on ne la voit plus comme une infirmière, mais comme une monitrice de plongée.

Côté moniteurs, l’expérience humaine est tout aussi forte. Sous l’égide de Yannick Eon, référent médical et formateur de moniteurs HandiSub, entre autres fonctions, 12 moniteurs diplômés fédéraux offrent de leur temps depuis 4 saisons. « Quelle meilleure façon d’utiliser mes RTT ? ». Certains vivent à Angers et Nantes mais ne manqueraient pas une séance à Rennes. Vincent, moniteur : « c’est moi qui vient chercher une leçon ». Quant à Stéphane, il a les poils qui se hérissent lorsqu’il évoque un stagiaire qui lui a dit qu’il s’était senti comme Thomas Pesquet.

DBAB peut exister grâce à l’audace et à la confiance du directeur du CM&P Rennes-Beaulieu, Gilles Ulliac et à l’implication sans faille de ses bénévoles, mais elle ne survivrait pas sans aides financières et matérielles : équipements et matériels sont prêtés par différents clubs de plongée. Le Club de la Côte d’Emeraude met à disposition un bateau adapté pour la plongée en mer, et le comité départemental de la FFESSM, en collaboration avec la société Balaena, fournit grâce à une subvention, des combinaisons uniques en France, confectionnées sur mesure et adaptées aux handicaps.

En cet après-midi d’avril, il régnait à la piscine des Gayeulles, une atmosphère pleine de sérénité, de sociabilité et de sourires. En 4 saisons, 23 patients ont suivi un cursus de formation qui a abouti ou aboutira en juin à la délivrance du premier niveau de « handiplongeur ». Tous ont vécu une très belle aventure, certains ont même eu le sentiment de « revivre ». Souhaitons longue vie à DBAB !


Clarisse Antoni, assistante de direction au CM&P Rennes-Beaulieu