Vous travaillez dans le service transdisciplinaire
Il s’agit d’un service de 20 lits de psychiatrie qui permet d’assurer une double prise en charge, psychiatrique et de médecine physique et de réadaptation (MPR). C'est un service unique en France et nous limitons notre accueil aux patients habitant l'Ile-de-France.
La place du service, dans le parcours de soins des suicidants par précipitation, est clairement identifiée par les services d’orthopédie qui apprécient notre positionnement unique. Nous recevons environ 130 demandes par an dont plus des 2/3 de la part des CHU franciliens qui participent aux accueils d'urgences des polytraumatisés. Depuis 1993 nous prenons en charge environ 65 patients par an.
Le service est intégré au réseau blessé médullaire et au réseau traumatisé crânien d'Ile-de-France.
Ce service a par ailleurs été reconnu en 2007 par les experts de la Haute Autorité à la Santé comme action réussie et pérenne du CMPJA (rapport de 2ème phase de certification).
Quels sont les patients que vous accueillez ?
Nous accueillons, en post-aigu, des patients âgés de 15 à 35 ans. Pour plus de 90% d'entre eux, il s'agit de patients qui ont fait une tentative de suicide grave par précipitation d'une hauteur (fenêtre, pont…) mais aussi par précipitation sous un véhicule, le métro….
Le séjour dure en moyenne 3 mois, c'est-à-dire le temps de la rééducation fonctionnelle. C’est cette durée qui permet une approche psychiatrique approfondie.
Environ la moitié des patients présentent un diagnostic psychiatrique de trouble psychotique. Au niveau physique, plus du tiers des patients présentent une lésion médullaire (paraplégie, …). En 2007, un quart des patients avaient ces 2 diagnostics associés.
Comment est constituée votre équipe, et comment réalisez-vous cette double prise en charge ?
La prise en charge psychiatrique est assurée par les 2 médecins psychiatres, un psychologue et les infirmières qui sont formées non seulement aux soins techniques mais aussi aux soins psychiatriques.
Les soins rééducatifs sont assurés par le médecin rééducateur du service. Ils se déroulent sur le plateau technique de MPR où 3 ETP kinésithérapeutes et un temps partiel d’orthophonie sont alloués au service. Il faut ajouter pour cette double prise en charge l’ergothérapeute, l’assistante sociale et la secrétaire.
Concrètement, nous travaillons en permanence dans l’échange au sein de l’équipe. Nous devons à la fois éviter que les soins du corps masquent le problème psychiatrique ou favorisent le déni de l’acte suicidaire, et que l’état psychiatrique des patients entrave la rééducation fonctionnelle.
Des échanges similaires existent aussi avec les enseignants pour les patients qui poursuivent leur scolarité pendant l’hospitalisation ainsi qu’avec le pole d’insertion pour ceux en démarche d'insertion professionnelle.
Pouvez-vous évaluer les résultats de cette prise en charge ?
Au niveau de la rééducation, notre objectif est que les patients récupèrent le maximum de leurs capacités. Grâce à la polyvalence de l'équipe et au savoir faire acquis au cours de ces années, nous parvenons à ce que la rééducation fonctionnelle se déroule dans les meilleures conditions, en prenant en compte les particularités dues au trouble psychiatrique.
Au niveau de la psychiatrie, la question du risque de récidive du suicide se pose bien évidemment. Dans une perspective de prévention, au-delà de la prise en charge du trouble psychiatrique, notre travail consiste à permettre au patient de s'inscrire dans un processus de soin durable. Ainsi, tous les patients quittent le service avec un suivi psychiatrique initié ou ré-initié.
Enfin, pour tous les patients nous avons un objectif de réinsertion. Dans la plupart des cas cela se passe bien, notamment grâce au maintien de la scolarité avec l’annexe pédagogique ou à la collaboration avec le pôle d’insertion professionnelle. Cependant, pour certains d'entre eux, nous sommes confrontés au difficile problème du poly-handicape, somatique et psychique, car il n’existe pas de lieu prêt accueillir ces patients.
Et les rapports avec les familles ?
A l’admission des patients, nous accueillons les familles et/ou leur entourage direct. En cours de séjour nous travaillons régulièrement elles. En effet, familles et entourage ont très souvent un triple choc à assumer : la violence de la tentative de suicide, le polytraumatisme physique (parfois avec paralysie, amputation…) et la décompensation psychiatrique. A partir de cette année, nous allons proposer aux familles et/ou à l'entourage un groupe parole qui leur permettra de s'exprimer sur leur expérience. Ce groupe viendra en supplément des entretiens que nous proposons actuellement.